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Initié en 2005 par le ministère de la Culture et de la Communication

ARTS DE LA RUE : CRISE DE CROISSANCE ?

Festifs, populaires, généreux, décalés, insolents… : c’est entendu, les arts de la rue ont su
inventer un rapport différent au spectateur et à la cité, brisant les rambardes veloutées des
lieux sacralisés de la culture « élitiste » dans l’élan joyeusement contestataire d’une contre-
culture dressée en étendard. Leurs expérimentations « indisciplinaires », qui puisent
dans le théâtre, la musique, les arts plastiques, le multimédia, le cirque ou encore la
danse, ont contribué à renouveler les langages esthétiques, tout en transformant l’agora en
espace de jeux et de mises en jeu. Les municipalités ne s’y sont pas trompées, qui ont vu
dans ce spectacle de proximité un moyen novateur pour « démocratiser » l'accès à la
Culture, ragaillardir les parades d’antan et renouer le fameux lien avec les « gens ».
Au fil des ans, les artistes ont ainsi pris l’habitude d’investir nos villes aux premiers rayons
de soleil estival et de transfigurer l'espace urbain le temps d'un intermède de folie organisée.
Des festivals ont fleuri partout dans nos contrées, au point de devenir les principaux
vecteurs de diffusion et le moteur économique d’un secteur peu financé. Certains déplorent
l’institutionnalisation d’une pratique qui s’est construite sur les barricades de la rébellion :
instrumentalisés par les élus locaux, soumis aux critères des programmateurs, pressurisés
par les impératifs de tournées, les arts de la rue auraient-il négligé l’exigence artistique,
voire glissé dans le corporatisme et l'animatoire ? Connaîtraient-ils une crise de croissance ?

La question est osée… mais sans doute salutaire. Car si le souffle créatif n’est pas tari, loin
s’en faut, force est toutefois de constater le formatage croissant des productions et une certaine
routinisation de la création. La « festivalisation », qui a certes favorisé l’épanouissement
du secteur en lui ouvrant des débouchés, a produit sa propre doxa et ankylose maintenant le
renouvellement des écritures. Elle a également profondément modifié les conditions de monstration
des oeuvres et le sens de l’acte artistique dans l’espace public. D’ailleurs, le « publicpopulation
» formé de chalands surpris dans leur quotidien se révèle largement fictionnel 1.
Pourtant, des expériences inédites passionnantes émergent, souvent impulsées par des
créateurs extérieurs au sérail. Au moment où la préparation du Temps des arts de la rue
nourrit une réflexion féconde sur les facteurs de blocage et les orientations d’avenir, l’élargissement
des circuits et des modes de production / diffusion et l’affirmation de nouveaux
opérateurs apparaissent aujourd’hui comme un enjeu primordial.

Télécharger le cahier de l'ONDA n° 36